Casamance_vache
Une vache, la mer et la brousse. Mystère et poésie. Premières impressions

Mars 2017. Dakar dans le noir, c’est ma première image du continent Africain. Mon père m’avait dit de mettre du produit, car un nuage de moustiques m’attendrait à la sortie. J’étais parée. Crevée et luisante comme un beignet, ébahie devant les mystères d’une terre inconnue. Ce premier voyage advint, parce que mon compagnon de l’époque était parti en Casamance deux mois auparavant pour y retrouver des amis. Curieuse et amoureuse, je m’étais donc élancée dans ce premier voyage non sans appréhensions. S’en suivi un voyage de lieux en lieux, de rencontres en rencontres. J’y ai rencontré des amis de Vince. Mais aussi les membres d’une troupe de théâtre nommée La Noumec. C’est P. qui m’invita à revenir avec ma caméra.

Après ce premier voyage d’une mois et demi de découvertes, d’initiation linguistique et d’apprentissage des codes sociaux sénégalais, je revins donc en Mars 2018 pour travailler auprès de la Noumec en filmant leur festival de théâtre forum. C’est ainsi que, timidement, des liens commencèrent à se tisser.

Ces voyages étaient pourtant émotionnellement difficiles. J’avais toujours peur de mal me comporter par méconnaissance, ainsi que l’impression d’être continuellement perçue comme une couleur de peau, puis une femme, avant d’être individu. Malgré tout cela, la découverte de ces sociétés dans lesquelles des individus de mon âge oscillent entre une fierté de leurs origines et une volonté d’inventer une société bien à eux, m’a donné envie d’y retourner encore et encore pour comprendre ce qu’est la société d’Afrique de l’ouest aujourd’hui et ce qu’elle sera demain. Mars 2020, je retourne donc dans cette belle région.

« Je n’ai cessé de repartir. Et de revenir. Y compris de mes illusions : au contact du terrain, l’exotisme tropical a perdu de ses charmes, et les espoirs d’alternatives politiques se sont envolés. À bien des égards, la rébellion imaginée était une rébellion imaginaire, tout comme la Casamance imaginée était une Casamance imaginaire : j’ai appris en chemin à me méfier des représentations. »

Marut Jean-Claude, 2013, Le conflit en Casamance; ce que disent les armes, Karthala, 354 pages.

La Casamance est une région qui attira beaucoup les chercheurs pour son exotisme. Nommée tour à tour « Grenier du Sénégal » par les colons puis les Sénégalais, « Ma verte Casamance » par ses habitants, ou montrée comme un paradis dans certains vieux films des années 60, elle se différencie du reste du pays par sa verdure, ses mangroves, son début d’équatorialité. Son originalité en fait une terre pleine de représentations. Pourtant, soyons honnête, il y a un certain plaisir à aller enquêter sur ce territoire dont l’atmosphère est quotidiennement chaleureuse et douce. Mais c’est également une terre de conflits (pour l’indépendance du territoire) depuis 1982 qui, bien qu’ endormi aujourd’hui, n’est pas terminé dans tout les coeurs. C’est aussi un espace qui souffre du dérèglement climatique (disparition des mangroves, salaison excessive, biodiversité en péril, etc).

Bien que la raison de ce nouveau voyage soit également dans un but de recherche (en plus et lié à deux stages auprès de Prometra et de Casamance VTT), je ne vais pas tenter de faire du journalisme, ni de la politique sur ce blog. Je ne connais pas encore assez ce pays et je me sens encore trop « gaffeuse littéraire » pour pouvoir donner mon point de vue sur tel ou tel autre aspect de la société Casamançaise. Cet espace servira donc surtout à partager avec ceux qui le souhaitent, des réflexions et des morceaux de quotidien.

N’hésitez pas à faire vos retours, à poser des questions, à réagir et portez vous bien !